Dimanche, 05 Février 2012
picto.jpg "Face à faces"
Artistes internationaux
du 11 Septembre au 3 Octobre 2009

C’est autour de quelques œuvres sélectionnées dans la galerie que s’articule cette nouvelle exposition qui s’intitule Face à Faces.
À travers le regard de certains artistes internationaux nous avons tenté de révéler les questionnements des humains dans la société qui les gouverne, leurs émotions, leur adaptation, leurs paralysies, leur identité, leurs influences, leurs compassions. C’est dans cette confrontation avec l’œuvre d’art que l’Autre, c'est-à-dire le spectateur, peut se reconnaître, se remettre en question ou simplement réfléchir sur l’avenir du monde, la disparition ou l’apparition de certaines valeurs. Ce face à face, face aux autres faces, va nous entraîner dans plusieurs pays : en Russie, en Inde, en Chine, en Corée et encore plus près, parmi nous.
Certains artistes agissent comme des émissaires des droits de l’homme en tant que journalistes reporters, parfois justes observateurs, mais jamais gratuitement, puisqu’ils permettent aux images de circuler et de dénoncer les exactions des gouvernements, les guerres civiles. Ils sont nos yeux partout où des crimes se préparent et où les valeurs démocratiques sont bafouées.
Face à la guerre qui sévit dans leur pays ‘Les enfants afghans observant l’entraînement des recrues’, saisis par le grand reporter russe Sergey Maximishin, n’ont plus de visage ni d’identité. Noyés dans l’absurdité d’un monde livré au chaos ils se tiennent en silence devant un avenir de ténèbres et de conflits abyssaux. Face à l’omniprésence de Dieu en Inde le photographe Xavier Zimbardo livre une population d’anonymes et de sacrifiés ou la loi a pris le pas sur les êtres humains. Tandis qu’au Tibet le petit moine de Gao Zengli résume à lui seul le bras de fer d’une puissance politique étrangère oppressive et les contraintes hypocrites des jeux de pouvoir.
Certains de ces pays sont encore ancrés dans le Moyen Age et empêchés dans leur développement mais notre monde est plus ambigu et les apparents progrès cachent aussi le délabrement des valeurs de compassion, d’empathie et d’humanité.
Le collectif russe AES+F met en garde contre les dangers d’une outrance dans l’autre sens et des fausses utopies du monde occidental. Ici les enfants soldats (‘Le Roi des Aulnes’, ‘Time Square’) sont des mannequins qui oeuvrent pour les compagnies publicitaires et deviennent les substituts héroïques et subliminaux de notre appétit insatiable.
Face encore à nous l’énorme bloc chinois où les artistes peuvent assister à toute allure et en temps réel à la transformation radicale de toute une société et de ses valeurs millénaires. Complices, observateurs ironiques ou féroces critiques, ils décrivent de manière incisive ou métaphorique les influences des nouveaux goûts, de la pénétration occidentale et des dangers qu’ils introduisent. Face à eux un gouvernement implacable et une censure punitive qui laisse peu de marge à la contestation. Pour détourner les foudres des interdits les artistes travaillent souvent avec des rébus, des allégories subtiles, des chemins détournés. Face à la tradition de la peinture classique, les visages frontaux peints ou photographiés de Huang Yan se couvrent de paysages de montagne ancestraux comme des tatouages éphémères, réminiscences de siècles de lois académiques (‘Four Seasons Landscape’). Wang Qingsong installe comme un scénariste de cinéma un faux paradis ( ‘Heaven’), un Olympe oriental nuageux peuplé de déesses vierges de pacotille pour accroître l’artifice d’une situation artistique. Il construit des histoires qui véhiculent sa critique de la modernisation actuelle et utilise les sujets de la peinture occidentale pour créer des allégories débridées. Face à la consommation de masse accrue par le libéralisme sauvage, Feng Zeng Jie crée des mutantes de luxe, stridentes créatures hypnotisées par la mode dont le regard vacillant accuse la désorientation (« le Papillon amoureux »). L’identité orientale disparaît presque intégralement quand Wang Du fabrique des poupées sculptées maniéristes et hypertrophiées occidentalisées jusqu’à l’obscène (‘Femme femmme femm fem fe …’). Parfois la critique est plus féroce quand les artistes assistent impuissants à la destruction de leurs quartiers, découvrent une nouvelle criminalité dans les zones urbaines et la maltraitance de la population au service d’une fausse utopie de croissance. Ce face à face finit par séparer les individus et leur solidarité quand une communauté est sacrifiée au veau d’or du progrès et de l’intérêt : les roues de l’infortune des Gao Brothers (‘Chinese Ark’) éventrées comme des immeubles en chantier abritent les dérisoires étreintes d’un nouveau prolétariat anéanti par les migrations rurales dans la jungle des villes.
Ce face à faces se joue aussi dans le domaine de l’intime quand les artistes substituent leurs émotions à un autre que soi- même et où peuvent permuter les rôles du modèle et du spectateur. La chinoise Yu Na tente d’échapper à son sinistre parcours de prostituée en faisant face à ses clients (‘Solution Scheme’) et devenant la personne « exploitant » la situation en s’emparant de l’appareil du photographe Xu Yong .
La japonaise Kimiko Yoshida face à elle-même et aux autres, préfère la dissimulation de son identité. Eternelle mariée célibataire aux multiples facettes, elle orchestre la cérémonie de sa propre disparition et dans cette « Mariée palestinienne » adopte paradoxalement la protection du voile à la révélation de son moi intime.
Catherine Ikam préfère au « trop humain » la création numérique de notre double virtuel animé pour un face à face abstrait et silencieux (‘Yoona II’).
Yun Aiyoung fait léviter son corps sensuel et poétique dans les architectures d’un Paris lunaire. Emile More ldans la complexité de sa palette graphique mobilise les visages de ses fantasmes sexués. Le coréen Choi Xooang multiplie dans ses petites sculptures hyperréalistes les vibrations subtiles de l’âme humaine, les pulsions frustrées du désir, l’incommunicabilité au sein du couple (‘The One’) et tente d’explorer la douleur de chacun. Les visages grimaçants et tatoués de Richard Stipl (‘Breath you fucker’) façonnés dans une physiognomonie expressionniste sont une fenêtre sur l’horreur, la souffrance, la violence urbaine et une peur cachée de l’ennemi invisible.
Ce court voyage dans une humanité en pleine mutation, ce miroir éclaté de visages inconnus ou stylisés prodiguera révélations ou secrets que chacun pourra traverser ou reconnaître sans se voiler la face. Car ce tout petit manège est infime en comparaison de toutes les situations humaines mais il donne aperçu de la complexité des tourments et des joies de chacun.