Zhong
Biao est l’un des artistes les plus modernes et les
plus étranges de la Chine contemporaine.
Né en 1968 à Chongqing, il suit un apprentissage
artistique à l’Académie des Beaux-Arts
de Hangzhou et devient professeur à l’Académie
des Beaux-Arts de Sichuan.A 35 ans, cet artiste a déjà
une carrière internationale reconnue et expose ses
œuvres en Chine mais aussi à l’étranger,
à Londres, Bruxelles, Amsterdam, Singapour, Tokyo,
Séoul, Bangkok et Miami dans des musées ou des
galeries d’art.
Son œuvre très avant-garde, s’interroge
sur l’accélération du temps, les transformations
économiques, architecturales, esthétiques, émotionnelles
de la Chine actuelle, de la cohabitation de la culture orientale
avec la culture occidentale, et de l’adaptation forcée
de la jeune génération à ces nouvelles
métamorphoses. Ces changements très rapides
intriguent, inquiètent, excitent et stimulent la plupart
des jeunes artistes de ce pays.
Les tableaux de Zhong Biao exécutés grâce
à la plus parfaite technique picturale des académies
des Beaux-Arts révèlent une maîtrise,
un brio époustouflant, à la limite de l’hyperréalisme.
Ils se présentent sous forme de scénettes figuratives,
narratives où les personnages sont propulsés
comme des êtres venus d’ailleurs dans un monde
en pleine transformation.
Il s’agit fréquemment de jeunes femmes modernes,
vêtues à la dernière mode, mutantes sexy
du nouveau monde, mais stéréotypées et
sérielles comme des poupées Barbie de fabrication
industrielle. Il installe ces créatures dans des poses
suggestives, à l’érotisme troublant (prêtes
pour le sport ou le sexe) dans des univers intimistes (chambres,
toilettes, salles de bain). Elles s’adonnent à
des activités solitaires de lecture, de rêverie,
de jeu ou de contemplation narcissique. Pourtant elles semblent
détachées comme des fantômes du monde
qui les entoure, plaqué en décor comme un collage,
sous forme de vues panoramiques de villes futuristes spectaculaires.
Ces femmes rêveuses se déploient comme des papillons
autistes sur les toits d’un monde de science fiction
(on pense à Blade Runner de Ridley Scott) et s’abandonnent
au vertige dans des perspectives tordues, presque baroques
en apesanteur sur des terrasses vides. Les villes lumière
de gratte-ciel étincelants leur servent d’écrin
et les encadrent comme les affiches publicitaires d’un
programme immobilier, faisant écho à la récente
frénésie de constructions chinoises.
Zhong Biao enivré mais brusqué par cette vitesse
nous rappelle en contre point la Chine ancienne, comme un
spectre coloré omniprésent sous forme d’icônes
culturelles. Des vases de porcelaine (cf. « famille
verte dynastie Ming») des guerriers des terres cuites
Tang, des chinois en costume traditionnel envahissent l’espace
et les aéroports comme des visiteurs muets et ironiques.
Ces cohabitations incongrues et anachroniques, ces distorsions
spatiales, ces contrastes colorés sont là pour
exprimer ce qui affecte le plus Zhong Biao : c’est la
distorsion du temps même et sa relativité. Il
crée une machine à explorer le temps et l’espace,
la dérègle et la brouille, dans un mélange
strident du passé, du présent et du futur.
Le procédé pictural qu’il emploie et
qui le caractérise est la juxtaposition du noir et
blanc et de la couleur. Il augmente ainsi l’impact visuel
et par ce choc rétinien du contraste, associe le contraste
de la culture orientale et occidentale et la difficulté
des chinois aujourd’hui de s’adapter et d’assimiler
cette intrusion brutale. Avant tout, il utilise le noir et
le blanc comme certains réalisateurs de cinéma
ou photographes pour créer une distanciation entre
le présent et le passé.
Les personnages contemporains sont représentés
en noir et blanc comme dans de vieilles photographies et accroissent
le sentiment de mélancolie et de perte qui accompagne
le regard sur le passé. Leur nature de mortels les
rende par essence éphémères, et Zhong
Biao anticipe leur disparition en les projetant précocement
dans l’histoire.
Pour lui les êtres humains à peine connus ou
observés deviennent déjà des éléments
du passé, mais comme peintre, il les dématérialise,
les pétrifie et les inscrit dans son album de ‘chers
disparus’.En revanche, son attitude vis-à-vis
de l’environnement diffère. L’architecture,
les villes ne meurent pas, elles survivent à l’homme
et gardent leur réalité tangible. Il les représente
donc en couleur. Le mélange des images dans chaque
tableau est vécu par l’artiste comme une combinaison
des choses contradictoires de l’existence.
Zhong Biao souhaiterait que le spectateur devant ses œuvres
ressente aussi cette vitalité. Il laisse à chacun
le choix intime et intuitif de leur interprétation
en fonction de son expérience et de sa vie propre.
Texte de Véronique Maxé
BIOGRAPHIE ZHONG BIAO
Né en 1968 à Chongqing, Sichuan Province, Chine
Etudes
1987 Académie des Beaux Arts Hangzhou à Zhejiang,
Chine
Expositions
2003
A Chinese Oasis, Art Scène Chine, Shanghai, Chine
Art Chicago 2003, Navy Pier, Chicago, Illinois, USA
Art Miami 2002, Miami Beach Convention Ctr. Miami, Floride,
USA
2002
Exposition d’été, Galerie David Floria,
Aspen, Colorado, USA
Art Chicago 2002, Navy Pier, Chicago, Illlinois, USA
Art Miami 2002, Miami Beach Convention Ctr, Miami, Florida,
USA
2001
A Chance existence Art Scène Chine, Hong Kong
SF4 2001 San Fransico Int’Art Expo, Fort Mason, San
Francisco, USA
Chinese Faces Musée d’Art Singapour, Singapour
Chinese Culture Week El Salvador et Sao Paolo, Brésil
Chili from Chongqing , Kultur Bahnhof, Kassel, Allemagne
2000
Out of the Box, Art Scène Chine, Hong Kong, Chine
At the New Century: 1979-1999, Chengdu, Sichuan Province,
Chine
Exposition de la collection du Musée de Shanghai, Shanghai,
Chine
Vente chez Christie’s à Hong Kong
Chinese Muren, des Murs chinois, Groengingen, Pays Bas
Exposition au Musée de Guangdong, Guangzhou, Chine
1999
The Ninth Annual Art Exhibition of China, Shanghai, Chine
The Northeast and Third World Art Exhibition, Séoul,
Corée du Sud
Exposition Chine et Vietnam, Singapour
1990 Peinture Pop, Shanghai
As Beautiful as Materialism-Nouveau Concept chinois, Shanghai,
Chine
1999 Exposition Academique, Upriver Gallery, Chengdu, Sichuan
Province
199 Open Channels – First Annual Exhibition of the Collection
the Yu Museum of Fine Arts, Shenyang, Chine
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