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Zhang Huan est né en 1965 à Ang Yang dans la province chinoise de He Nan où il fait ses études à l'université.
En 1991, il retourne de Henan à Pékin pour étudier à l'Institut Central des Beaux Arts dans la section Peinture. Ne pouvant s'habituer aux méthodes d'enseignement de l'Académie, il quitte l'école et loue un atelier pour tenter de réaliser un travail artistique personnel. Il décide de fonder une communauté d'artistes qui serait différente de la colonie Yuan Ming Yuan. Il déménage dans la banlieue est de Pékin dans un endroit appelé Ashan Village dans le district Chaoyang. Il fait venir d'autres artistes puisque les loyers sont bas et la vie moins chère, dont Zhang Yang et Wang Shihua. Ce groupe se fera appeler "East Village " en référence à son emplacement dans les faubourgs est de la ville et de l'esprit de l'East Village à New York. L'idée était d'en faire un village expérimental animé d'un esprit de liberté et de créativité artistique. En octobre 1993, les artistes anglais Gilbert et George après une exposition à Pékin leur rendent visite et encouragent leur direction. Les conditions de vie sont cependant misérables et entre les décharges à ordures, les latrines jamais nettoyées, les crottes de chien, les vendeurs de légumes et de fruits itinérants, cette communauté d'artistes parias se sentent comme le rebus de la ville et de la société. La police locale faisant irruption à n'importe quel moment persécute leurs activités, accroissant leur misère morale, sociale et économique.
LES PERFORMANCES
Sa vie
La décision de Zhang Huan de réaliser des performances est directement liée à son expérience personnelle. Les problèmes de sa vie ont un très fort impact et créent pour lui des conflits physiques intolérables qui accentuent
la dénégation de sa propre existence. Il se rase la tête, s'habille en noir et est souvent rejeté ou attaqué dans les lieux publics. Il réalise que son corps est son principal moyen de communication avec le monde, ce que la
peinture ne lui permet pas d'exprimer. Ce corps devient son principal médium et le langage de son art. Parasité par des phobies, certains cauchemars, jusqu'à la folie, comme la crainte qu'un étranger vienne lui couper les oreilles, il exorcise ses frayeurs en décidant de s'infliger à lui même ses propres tortures. De la même façon, en rébellion contre l'oppression économique qu'il subit en Chine, la répression artistique, et contre la société dominante qui l'exploite, il développe une gestuelle violente et se bat volontiers. Il réalise que ces moments de colère et de lutte calment son anxiété. Il prend aussi conscience des difficultés de survie et de l'épuisement des paysans chinois et ses actes de colère expriment sa solidarité à leur égard.
Sa connaissance de l'actualité artistique dans le milieu des artistes performants à l'étranger lui vient de la circulation des catalogues, et de la traduction de l'ouvrage "Conversation with experimental artists". Sa première performance a lieu dans un espace public en octobre 1993 à la National Art Gallery de Pékin, programmée pour une exposition de groupe de peintres. Elle est annulée au dernier moment; Zhang Huan décide de transformer son installation en performance : "The Angel". Sur un drap blanc, il dispose un baquet rempli de liquide rouge comme du sang et de jouets baigneurs, se déshabille et en renverse le contenu sur sa tête. Il s'empare de sa poupée et entre dans la galerie pour l'accrocher au mur à la place de son installation. Les réactions sont immédiates et violentes, l'exposition est annulée et il est condamné à payer une amende et à rédiger son auto critique. La presse le couvre d'insultes. Dans les années 1995, Zhang Huan étend son investigation à la vie de la communauté, et à leur rapport aux pressions de différents environnements. Il implique alors la collaboration active d'autres artistes, de groupes de personnes et du public.
L'environnement
Dans sa vie quotidienne dans l'East village, il est révulsé par la saleté des lieux et des ordures, des latrines puantes pleines de mouches. Cela le conduit à une performance terrible " 12 Square Meters " en 1994, où il
s'enduit nu d'un liquide visqueux à base de poisson et de miel pour attirer les mouches qui viennent se coller à ses chairs pendant une heure. Il engage ainsi le public dans une immédiate confrontation avec l'horreur et la
cruauté dont ils deviennent les témoins et les participants. Dans " 65 kg ", il se fait enchaîner nu au plafond de sa maison au dessus d'une poêle de sang bouilli sur une cuisinière, dont l'odeur âcre et écoeurante envahit la pièce. Les conditions d'enfermement des spectateurs les obligent à une empathie horrifiée et voyeuriste.
Les animaux
Zhang Huan utilise des objets ou des animaux qui sont des pôles de répulsion pour le contact du corps ou créent des analogies avec sa propre souffrance. Il élève des araignées, des insectes, des vers qu'il observe.
Dans " Original sound ", en janvier 1995, il manipule des vers de terre qu'il engouffre dans sa bouche. Il rapproche la nature du ver de celle de l'homme qui vient de la terre et y retourne à la fin de sa vie. Les chiens le ramènent à la vie de New York où ils sont nombreux et relativement bien traités, et il s'apparente à eux. Sensibles à leur environnement mais néammoins conscients du danger, ils expriment par leur présence la coexistence entre les différentes races et cultures.
L'aventure
Dans " 25 mm threading steel " de 1995, il se couche sur la plaque de découpage d'ouvriers qui fraisent des tubes d'acier dans un site de construction. Les étincelles brûlantes qui sont projetées sur son corps lui donnent le sentiment du danger et de sa véritable existence.
La spiritualité et le corps
Loin des pratiques méditatives du Bouddhisme zen ou des Arts Martiaux de sa culture, Zhang Huan préfère une approche plus personnelle, aidé par la musique Chan et les conditions exceptionnelles auxquelles son corps se soumet. Il peut alors dans la concentration de ses performances laisser son esprit sortir de son enveloppe physique et s'extraire de son environnement en oubliant sa douleur. Il joue à traverser ce bain de souffrance ou
d'isolement mental et vagabonde entre ces deux états qui le ramènent à l'inconfort spirituel mais aussi à une conscience aigüe du corps. Il est souvent habité par des hallucinations visuelles ou auditives. Sa nudité est indispensable dans ses performances et c'est grâce à elle que le corps peut exister et ressentir pleinement, accéder à l'esprit et s'identifier à l'objet dans un contact direct. Au New York Fengshui, il touche directement la glace, sinon des animaux, des étincelles, des chaînes de fer, des mouches, des vers de terre. Sa nudité n'est pas associée à l'intimité ni au sexe .
Politique et émigration
Zhang Huan s'insurge volontiers contre les interprétations occidentales et leur absence de partialité. Il est cependant l'un des premiers artistes à utiliser la performance comme médium artistique depuis les évènements du 4 juin 1989 et n'a pas eu la possibilité de montrer son travail dans son pays. Né dans la fin des années 60, il a encore une mémoire vague de la Révolution culturelle et étudie quand la Chine commence à s'ouvrir au monde. Comme la plupart des artistes de sa génération, il est très influençé par les correspondances entre l'histoire de l'art de l'occident et les nouvelles expériences des artistes chinois des années 80. La complexité des problèmes chinois l'obligent à émettre une réserve d'autant plus que de leur point de vue, il est considéré comme un fou , un pervers et un masochiste. En 1996, il commence à attirer l'attention d'une audience internationale et à montrer son travail à l'étranger puis part vivre aux Etats Unis.. Il est conscient de la coexistence entre les races et les cultures. Dans son exposition Fengshui à PS1 à New York,il se réfère à la vitalité et à la vigueur de cette métropole. Mais il reste cependant un choc, une peur. Il essaie de faire fondre la réalité comme il fait fondre la glace par la chaleur de son corps. Dans "My America" (Hard to acclimatize) en 1999 (Deitch Projects et Seattle Asian Art Museum), Huan concentre des gens nus dans une sorte de pélerinage qui lui jettent du pain au milieu d'un cercle. Même en fusionnant les deux cultures, il exprime sa difficulté à s'adapter à l'Amérique, tout en célébrant la liberté qu'il a trouvée dans son nouveau pays d'adoption.
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Zhang Huan - Sunshine # no 1 Colour print on Fuji archival
152 x 102 cm / 60 x 40 in.
1999
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