Zhong Biao

02 juin - 02 juillet 2004

Zhong Biao est l’un des artistes les plus modernes et les plus étranges de la Chine contemporaine.
Né en 1968 à Chongqing, il suit un apprentissage artistique à l’Académie des Beaux-Arts de Hangzhou et devient professeur à l’Académie des Beaux-Arts de Sichuan.
A 35 ans, cet artiste a déjà une carrière internationale reconnue et expose ses œuvres en Chine mais aussi à l’étranger, à Londres, Bruxelles, Amsterdam, Singapour, Tokyo, Séoul, Bangkok et Miami dans des musées ou des galeries d’art.
Son œuvre très avant-garde, s’interroge sur l’accélération du temps, les transformations économiques, architecturales, esthétiques, émotionnelles de la Chine actuelle, de la cohabitation de la culture orientale avec la culture occidentale, et de l’adaptation forcée de la jeune génération à ces nouvelles métamorphoses.

Ces changements très rapides intriguent, inquiètent, excitent et stimulent la plupart des jeunes artistes de ce pays.

Les tableaux de Zhong Biao exécutés grâce à la plus parfaite technique picturale des académies des Beaux-Arts révèlent une maîtrise, un brio époustouflant, à la limite de l’hyperréalisme.

Ils se présentent sous forme de scénettes figuratives, narratives où les personnages sont propulsés comme des êtres venus d’ailleurs dans un monde en pleine transformation.

Il s’agit fréquemment de jeunes femmes modernes, vêtues à la dernière mode, mutantes sexy du nouveau monde, mais stéréotypées et sérielles comme des poupées Barbie de fabrication industrielle. Il installe ces créatures dans des poses suggestives, à l’érotisme troublant (prêtes pour le sport ou le sexe) dans des univers intimistes (chambres, toilettes, salles de bain). Elles s’adonnent à des activités solitaires de lecture, de rêverie, de jeu ou de contemplation narcissique. Pourtant elles semblent détachées comme des fantômes du monde qui les entoure, plaqué en décor comme un collage, sous forme de vues panoramiques de villes futuristes spectaculaires. Ces femmes rêveuses se déploient comme des papillons autistes sur les toits d’un monde de science fiction (on pense à Blade Runner de Ridley Scott) et s’abandonnent au vertige dans des perspectives tordues, presque baroques en apesanteur sur des terrasses vides. Les villes lumière de gratte-ciel étincelants leur servent d’écrin et les encadrent comme les affiches publicitaires d’un programme immobilier, faisant écho à la récente frénésie de constructions chinoises.
Zhong Biao enivré mais brusqué par cette vitesse nous rappelle en contre point la Chine ancienne, comme un spectre coloré omniprésent sous forme d’icônes culturelles. Des vases de porcelaine (cf. « famille verte dynastie Ming») des guerriers des terres cuites Tang, des chinois en costume traditionnel envahissent l’espace et les aéroports comme des visiteurs muets et ironiques.

Ces cohabitations incongrues et anachroniques, ces distorsions spatiales, ces contrastes colorés sont là pour exprimer ce qui affecte le plus Zhong Biao : c’est la distorsion du temps même et sa relativité. Il crée une machine à explorer le temps et l’espace, la dérègle et la brouille, dans un mélange strident du passé, du présent et du futur.

Le procédé pictural qu’il emploie et qui le caractérise est la juxtaposition du noir et blanc et de la couleur. Il augmente ainsi l’impact visuel et par ce choc rétinien du contraste, associe le contraste de la culture orientale et occidentale et la difficulté des chinois aujourd’hui de s’adapter et d’assimiler cette intrusion brutale. Avant tout, il utilise le noir et le blanc comme certains réalisateurs de cinéma ou photographes pour créer une distanciation entre le présent et le passé.

Les personnages contemporains sont représentés en noir et blanc comme dans de vieilles photographies et accroissent le sentiment de mélancolie et de perte qui accompagne le regard sur le passé. Leur nature de mortels les rende par essence éphémères, et Zhong Biao anticipe leur disparition en les projetant précocement dans l’histoire. Pour lui les êtres humains à peine connus ou observés deviennent déjà des éléments du passé, mais comme peintre, il les dématérialise, les pétrifie et les inscrit dans son album de ‘chers disparus’.
En revanche, son attitude vis-à-vis de l’environnement diffère. L’architecture, les villes ne meurent pas, elles survivent à l’homme et gardent leur réalité tangible. Il les représente donc en couleur.

Le mélange des images dans chaque tableau est vécu par l’artiste comme une combinaison des choses contradictoires de l’existence. Zhong Biao souhaiterait que le spectateur devant ses œuvres ressente aussi cette vitalité. Il laisse à chacun le choix intime et intuitif de leur interprétation en fonction de son expérience et de sa vie propre.

Texte de Véronique Maxé



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