4 juin - 5 juillet 2003 à la Galerie Albert Benamou

Sans exprimer un discours politique, ces deux expositions proposent de révéler les mutations profondes qui affectent la société chinoise à travers la peinture et la sculpture.

En 2002, l'exposition de Zhang Huan illustrait les performances et les expériences d'un artiste du groupe de l'East Village confronté à la répression d'un système étatique dans le domaine des Beaux-Arts. Cette année nous avons souhaité exprimer cette même rébellion contre la tradition mais par le biais d'une approche de la sensualité et de la féminité. L'ouverture économique, la reconstruction des villes, la modification de style de vie dans les cités modernes, l'évolution du rôle de la femme, l'ouverture au monde occidental, la circulation des livres et des artistes, ont considérablement renouvelé et élargi les perspectives traditionnelles de l'art chinois et les relations entre les individus. Tous ces bouleversements et ces influences ont imposé une nouvelle vision du monde moderne mais aussi révélé des tempéraments et des styles originaux.

La plupart de ces artistes ont poussé dans le ventre des académies officielles des Beaux-Arts et développé une technique picturale époustouflante. Malgré un contrôle permanent des autorités et une rigide pression sociale, quelques artistes s'éloignent de l'austérité et parviennent à porter un regard personnel sur toutes ses mutations enrichi par un style figuratif et narratif. L'avènement brutal de la nouvelle économie de marché rend désormais impossible un engagement culturel idéaliste et chacun de ces nouveaux peintres redessine sa propre vision, individuellement et se concentre à présent sur lui-même et non sur la communauté. Feng Zheng-Jie portraitise et stylise dans un style kitsch et provocateur les modernes vampiresses de la mode, Zhu Bing  revendique sa sensualité féminine par des allégories florales érotico-morbides, Ma Liuming invente un double bisexué et raconte dans ses performances l'ambiguïté sexuelle des individus. Luo Xu sculpte et chorégraphie des ballets de jambes dans l'espace, Yang Qian nous tend un miroir de voyeur pour pénétrer l'intimité des femmes à leur toilette, Chen Lingyang nous rappelle le cycle de la nature à travers ses fluides corporels menstruels, autant de visions différentes qui illustrent un monde en pleine métamorphose.

Ces secrets et ces révélations sont confessés au grand jour, les fantasmes érotiques s'épanouissent, flottant entre l'imaginaire et le réel, et chacun parle de son rapport au plaisir, à la volupté et même à la peur et à la mort.

Ils puisent aussi dans le vocabulaire traditionnel de la peinture de genre ou du portrait, des éléments d'iconographie orientale pour rendre plus puissante encore la confrontation avec les autres cultures, comme l'art floral chez Zhu Bing ou Feng Zheng-Jie.

20

Bathroom (13701363454)
Yang Qian
Huile sur toile
2003

Ma Liuming

Le plus politisé de ces artistes est sans doute Ma Liuming, né en 1969 en Huangshi dans la province de Hubei. Il est issu de la communauté de l'East Village, dans la banlieue de Pékin qui rassemblait des artistes dit "dissidents" qui se firent connaître par leurs performances et leurs photographies expérimentales. Accusé d'activités pornographiques, il est emprisonné par les autorités chinoises et la colonie d'artistes est démantelée.

Le personnage que Ma Liuming a créé pour ses performances est Fen-Ma Liuming, une sorte de double mutant bisexué, au corps d'homme et au visage de femme. Par cette représentation provocante, Liuming remet en cause les conventions de l'art chinois, la société et l'individu. Il questionne la rigidité sociale, l'ambiguïté entre les sexes, l'apparence et la réalité qui coexistent en chacun de nous. Il interpelle le spectateur sur son identité et ses contradictions internes. Dans ces actions, il demande la participation active de ses spectateurs et observe leurs interventions qui divergent selon leurs cultures (Suisse, USA, Japon, Canada, Europe.)

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Zhu Bing

Née en 1964 dans la province de Hubei, elle devient danseuse dans la troupe de Yichang et est maintenant peintre et poète à Pékin.

Défiant le rôle de figuration et de soumission alloué traditionnellement à la femme chinoise, elle appartient à une génération de "mei nu zuo jia", "les belles femmes écrivains," qui osent des créations très sensuelles. Dans des grandes toiles aux couleurs vives, elle s'interroge sur son identité de femme, son droit à l'amour et au plaisir, symbolisé par une rose. Cette rose se décline en formes suggestives comme en son temps Georgia O'Keefe avait pu les transcrire. Mais dans le monde illuminé de Zhu Bing la mort est aussi présente que l'amour et dans son recueil "Rose du Paradis" elle exprime ses craintes.

Après avoir traversé les ténèbres des grottes
Entre les racines nous pourrons entendre
Le sang qui coule vers la fleur à sa naissance
Ton amour secret: le rêve et la mort en même temps

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Yang Qian

Né à Cheng Du en 1959, il suit un apprentissage académique et une formation de professeur. Devenu enfin peintre, il trace les portraits de jeunes femmes dans leur intimité. Grâce à une extraordinaire technique photo-réaliste, il observe en voyeur, des femmes dans la moiteur filtrée de leurs salles de bains, le reflet de leur corps livrés à eux-mêmes dans une toilette solitaire et voluptueuse. Il invite le spectateur à participer à ce rituel intime dans un miroir et l'implique sexuellement dans un jeu érotique et virtuel, satisfaisant les désirs fous du voyeur. Il révèle leur identité de manière camouflée en inscrivant leur numéro de téléphone, souvent réel, sur cet écran du désir. Ces "fenêtres sur salle de bains" obligent au fantasme par la convoitise mais en même temps indiquent la distanciation de l'artiste par rapport à son modèle et dénoncent une société où la femme reste encore éloignée, inaccessible, soumise aux lois ancestrales du respect.

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Luo Xu

Né dans la province du Yunan en 1956, il commence une improbable carrière de constructeur et d'éleveur de lapins puis décide de se consacrer à la sculpture. En 1996 il s'isole dans un "nid de terre" – atelier utérin où il travaille l'argile pendant six ans. Son travail sculptural se porte essentiellement sur les cuisses des femmes, ce qu'il appelle "le bas-étage" qui constitue pour lui un nouvel espace de beauté et devient son mode d'expression favorite. Il réhabilite ces "parties sales" et invente une ligne d'harmonie, un nouveau langage vital et musical, recomposant à l'infini un espace à la fois réel et illusoire.

Préoccupé par les désastres écologiques comme beaucoup d'artistes chinois et anticipant une nature dévastée et meurtrie, ses jambes autonomes perdurent comme l'ultime trace poétique de la beauté et la sensualité du monde. Pour conjurer le sort, il s'associe à ses membres dans une exaltation priapique:

Ecoutez les seins de jeune fille qui balancent dans le vent,
Les coups de reins du bouc dans les buissons
Regardez les cuisses des femmes bougent avec des vaguelettes
Les chiens courent après les chiennes
Leurs pattes soulèvent des tempêtes

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Chen Lingyang

En collaboration avec la Galerie Anne Lettrée.

Chen Lingyang naît en 1975, dans une petite ville à coté de Shanghai. Artiste de « l’underground chinois », elle dénonce la soumission sociale et politique de la femme chinoise. Elle évoque le cycle de la femme au travers des saisons et met en scène le corps et la chair.

L’artiste s’interroge sur la place de l’être humain en harmonie avec la nature, préoccupation chère à la philosophie et la culture chinoise.

Pour elle la nature s’exprime par les lois et les rythmes de toutes les choses dans l’univers – elle explore ces cycles d’une manière intime par l’observation de son propre corps et de son cycle menstruel, qui devient la métaphore du temps qui passe. Sa série photographique des « 12 mois en fleurs » représente les fleurs qui poussent dans les mois de l’année (narcisse, lotus, camélias…) des photographies de son corps et de son sexe pendant les règles se reflètent dans un miroir. Chacune des formes de ses tirages photos s’inspire aussi de l’architecture traditionnelle de jardin.

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Feng Zheng-Jie

Pour se renseigner sur Feng Zheng-Jie, veuillez visiter notre page sur l'exposition Regards de gauche à droite.


Avec la collaboration de Xin-Dong Cheng à Pékin.

Voir aussi, à la Galerie Albert Benamou, Regards de gauche à droite.