20 mars - 30 avril 2003
Après la performance à l’Hôtel Cardin et l’exposition des « Peluches du Docteur Urman » en 2001, l'artiste continue d'explorer sa vision du merveilleux et de l'éternité, grâce à un processus de régression.
Présentation
Une véritable peluche de femme (latex et fourrure acrylique) de couleur rouge sombre est couchée sur un socle de même nature, les jambes légèrement écartées, dans la position de l'accouchement ou de l'attente sexuelle. Elle personnifie la Mère Nature qui donne vie à un monde merveilleux.
Autour d'elle sont accrochées des œuvres photographiques sous des parois d'Altuglas dépoli...
Les sujets nés de cet enfantement sont des éléments appartenant au monde animal et végétal (poissons, insectes, plantes, fleurs) ou à des évènements historiques ; l'artiste emprunte ces images à des encyclopédies anciennes, isole, et photographie sur fond uni, et ensuite il les capture dans ses boites d'Altuglas.
La peluche "Merveilleuse Mère Nature"
La peluche représente une femme athlétique qui s'apparente stylistiquement à la sculpture classique monumentale des années 30 et 40.
Olivier Urman considère ces sculptures comme des poupées de pierre engendrées et encouragées par une société cherchant à se rassurer. Ces idoles sont des représentations convenues et délibérément simplistes de l'effort humain et de son histoire. Malgré leur caractère prétendu inusable ces monuments sont incapables de lutter contre leur propre érosion, leur disparition ou leur oubli.
La " Merveilleuse Mère Nature " peluche géante se veut plus solide et durable que le granit puisqu'elle puise dans la régression l'image de l'éternité.
Elle évoque l'origine du monde à travers une représentation symbolique empruntée à l'imagerie classique traditionnelle. Si elle était en pierre, cette sculpture serait une sublimation de l'état adulte triomphant glorifiant la société (Allégorie de l'électricité, de la Moisson, des Sciences …)
Mais l'emploi de la peluche nous place dans une autre dimension puisqu'elle projette l'adulte dans un univers enfantin où le temps est absent, où disparaît la notion de durée de vie, de vieillissement, de futur, d'ambition et d'accomplissement de soi. Elle renvoie l'homme dans un temps sans horloge, où la vision de son avenir est comme un champ d'éternité.
Cette " Merveilleuse Mère Nature " ouvre la porte et nous attrape, nous enveloppe, nous piège par son aspect bienveillant et relâche notre vigilance. Elle sert de guide, d'interface entre soi et le reste du monde.
Le monde auquel elle donne naissance est composé d'éléments simples, identifiables, appartenant au règne animal, végétal ou issus de l'histoire de l'humanité.
Les 24 images
Olivier Urman emprunte ses sujets aux encyclopédies anciennes qui rassemblent et classent un savoir universel et aussi allégorique (puisqu'elles synthétisent les images du travail, de la guerre ou du progrès scientifique.)
Le choix de chaque sujet se veut parfait et merveilleux, apte à défier et à déstabiliser l'homme observateur.
Ces images entourent cette " Merveilleuse Mère Nature ", persistances rétiniennes, images subliminales incontrôlables. Elles évoquent l'état de l'enfant-entomologiste pour qui les êtres et les choses observées n'ont encore qu'une valeur instantanée et absolue, sans anticipation de leur vieillissement. Leur rôle dans la société ou dans l'équilibre de la nature n'est pas encore compris. L'enfant observe différemment de l'adulte. Il individualise son environnement. S'il regarde une mouche, la mouche devient un interlocuteur. Elle est un défi à l'innocence. En l'observant, on s'observe et on s'interroge : "Suis-je une mouche? Pourquoi ne puis-je pas voler? Cette mouche veut-elle mon bien, que veut-elle?"
Le temps
Urman photographie en noir et blanc ces images d'archives, comme issues des rêves ou du monde sans couleur des animaux. Dans ces ouvrages datés, les illustrations historiques sont figées, classées, mais souvent obsolètes, à l'inverse de l'actualité colorée, active, vibrante et mobile. Ces images sont lavées de leurs effets de mode et de culture.
Il rajoute sur les photos manipulées et simplifiées un halo lumineux, une aura, qui isole et amplifie ses modèles, véritables persistances rétiniennes du savoir... ces images photographiques ont un rendu artificiel. Les modèles, dissociés de leur contexte naturel, découpés sur fond uni, y sont en état d'observation solitaire, 'héroïsés'.
Urman enferme ses images dans des caissons d'Altuglas dépoli rendant l'image physiquement inaccessible. Alors la photographie échappe à la représentation pour devenir évocation.
Conclusion
A l'inverse des habituels édifices humains faits de marbre de verre ou de bronze, les matières utilisées par Urman pour gagner la lutte contre le temps sont soit molles, soit impalpables puisque forgées par notre inconscient.
La Peluche " Merveilleuse Mère Nature " nous guide dans un monde fascinant où les effets du temps s'estompent et disparaissent au profit de l'éternité. La peluche conduit le regard du spectateur vers des images photographiques simples comme s'il les voyait pour la première fois de sa vie, sans crainte, sans jugement, sans calcul. Il se laisse emporter par un sentiment d'invulnérabilité, il devient un observateur émerveillé intouchable dans un état de fascination enfantine qui le protège.
Lire une article sur l'exposition de Liberation (18 avril 2003)