Les derniers travaux de Nadine Blandiche montrent une série de 25 gouaches sur papier intitulées "COLS ENCHANTES". Après l'exposition PIP (Projet d'Initiation Prioritaire) révélée à la galerie en mars 2000, Nadine Blandiche élabore une famille d'étranges images qui prolongent son obsession du corps et de ses organes les plus secrets en pleine métamorphose. D'un voyage intérieur poétique, érotique et morbide au coeur des territoires intimes, naissent des fleurs anatomiques suppliciées en extase, véritables figures mythologiques de l'amour et du sacrifice.
La recherche esthétique de cette jeune artiste prend ses sources et s'enrichit au cours de voyages au Japon où, accueillie par l'école d'art de Kanazawa, elle expose son travail et dirige un atelier de création avec des étudiants. De cette confrontation naît une série de pièces en verre : « les vases de chair », objets- métaphores aux formes suggestives qui évoquent déjà la représentation de son intériorité organique.
Grâce à ses cours, elle a l'occasion de confronter et d'apprécier le regard d'une nouvelle génération imprégnée d'une culture qui a élevé l'érotisme à des sommets de raffinements esthétiques et poétiques. Elle ressent que leur vision est étroitement liée au rituel, à une esthétique singulière mais aussi à l'expérience mystifiée. Son projet PIP révélait alors une contention d'esprit ajustée aux lignes du corps, dessinant des formes galbées, affinées et resserrées, précisant un contour lisse, une matière douce et polie. Des déclinaisons d'objets ludiques, proportionnés au corps, invitaient à une gymnastique particulière ritualisée.
Ensuite elle entame une série de dessins et d'aquarelles pour cette exposition. « Des études de motifs symétriques, des silhouettes transparentes échancrées, dentelées comme d'insaisissables figures abstraites, chimères, héroïnes sacrifiées, offertes, figées dans l'espace de l'instant, l'espace temporel de l'extase »
De son repli solitaire, son exploration intérieure , elle raconte et vagabonde: « Au fur à mesure, des pensées plus fécondes surgissaient de mon pinceau: D'étranges objets, pâles statues, reliques précieuses, pétrifiées, immobiles, glacés, répertoriés minutieusement, ordonnés, des formes anatomiques, fantasmagoriques, défilent comme une armée de spectres, un cortège de masques, costumes, prothèses accessoires que les corps vivants ont déserté, où le corps est là, ingéré, transformé, réduit, gisant ou linceul.»
La couleur qu'elle emploie est " le rouge fatal qui cerne les contours , enserre les formes; il est le lieu réunificateur, la note majeure, tantôt grave, tantôt stridente. Le rouge est la force qui orchestre la cérémonie et la force qui étreint, étouffe, brûle, glace, immobilise. La couleur de l'extrême, de la douleur et du plaisir mêlés" . Progressivement se construit un univers, des familles, des séquences, dévoilant les fils d'une histoire secrète.
Au total 25 aquarelles de format 56 x 76 cm se succèdent : « les cols enchantés ».
Deux familles se distinguent :
- Quatre figures maîtresses, oniriques, à la fois fleurs monstrueuses, déesses de la fécondité, gorgones sulfureuses et emblèmes de la castration, incarnent le sacré et la féminité.
- Dans une autre série, l'érotisme mystique est illustré par des espèces d'icônes, figures symboliques représentant les thèmes de la passion, du ravissement, de la possession et du sacrifice.
"Prolongées par des scènes de supplices, douces violences, jardins des délices, de ci de là, les seins pelés comme des fruits grouillent, le corps scindé en deux dégorge de serpents, se transforme en fontaine jaillissante de sang et se regarde à travers la béance originelle, pendu, la tête plongeant dans un lit de fougères moelleuses. "
De l'ensemble de ces peintures émergeront des excroissances charnelles, des objets résiduels, oeufs de cuir enserrés dans des pics métalliques, matières douces et blanchies.
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