29 mars - 15 mai 2001 à la Galerie Albert Benamou

La présence de ces artistes à Paris révèle un aspect très original d'une certaine scène artistique américaine, liée à un authentique respect de la tradition européenne et à un retour à la peinture.

Ces jeunes artistes réunis et célébrés avec succès l'été dernier à la prestigieuse galerie new yorkaise Hirschl & Adler, retrouvent une certaine idée de la peinture classique, de la légitimité de l'art et de son contenu.

Parallèlement et simultanément à la très forte présence de la photographie dans le monde de l'art d'aujourd'hui, leur travail reflète le même goût et la même concentration pour une réalité tangible.

S'éloignant des tendances contemporaines abstraites et minimalistes, ils ne proposent pas néanmoins une idéologie révolutionnaire. Leurs sujets ne sont pas radicaux ; les outils qu'ils emploient ne sont pas inhabituels, ni leur manière de faire. Leur travail embrasse le classicisme, l'académisme et l'étude des maîtres anciens, accompagnés d'une grande maîtrise de la technique picturale. C'est donc dans ce retour à la tradition que réside leur profonde originalité et les éloigne d'une nouvelle forme d'académisme dans l'art contemporain en introduisant une certaine subversion.

Agés de 20 à 35 ans, ces jeunes artistes ont reçu une éducation artistique qui suit les méthodes précises et sophistiquées des anciennes Académies des Beaux-Arts. L'apprentissage de la plupart d'entre eux s'est fait à la New York Academy of Art, école américaine fondée par le mécène et collectionneur Stuart Pivar et par l'artiste Andy Warhol.

Cette école se spécialise dans les techniques " à l'ancienne " et s'articule autour d'un système d'ateliers d'enseignement traditionnel ( Anatomie, Peinture, Dessin, Sculpture, Histoire de l'art et des techniques…) qui se calque sur les écoles des Beaux-Arts du XIX ème siècle. Les sujets de leurs tableaux appartiennent eux-mêmes à une classification traditionnelle : le portrait, le paysage, la nature morte, la scène de genre, expérimentés par les artistes concourant pour le Prix de Rome.

Toutefois ces peintres inspirent au spectateur une façon originale de regarder différemment les choses, les lieux et les gens. Leur vision du monde d'aujourd'hui captive par la combinaison du réalisme et de l'idéalisme. Leur propos n'exprime pas une attitude passéiste mais au contraire la revisitation de certains maîtres classiques, de leur langage, pour délivrer un message personnel, moderne.

A la manière de Bonnard qui tirait sa richesse de son inspiration dans un environnement intime, Christopher Gallego s'installe à son chevalet dans son atelier et cherche son modèle parmi les objets les plus banals de son décor quotidien : un vieux fauteuil défoncé, un sac de plâtre, un cabinet délabré.

Shoichi Akutsu revisite les trompe l'œil à travers d'austères et précises natures mortes.

Jacob Collins s'inscrit dans la plus noble tradition du portrait, représentant ses amis et ses modèles avec la virtuosité plastique d'un John Singer Sargent, dans une modernité de pose et de costume : Vincent.

Pour John Morra les plus humbles objets industriels de la vie domestique prennent des allures de natures mortes de Chardin ( Mixer ) tandis que le travail de Patricia Watwood s'inspire des Vanités flamandes : Music and Intervals.

Graydon Parrish, avec une extraordinaire technique picturale, dans des formats panoramiques, traduit dans une mythologie symboliste des allégories sociales et humaines contemporaines, véritables fresques de la misère des temps modernes ( Remorse, Despondence, and the Acceptance of an Early Death ) qui stigmatise les effets ravageurs du sida.

William Kennon transcende la laideur et la monotonie des paysages industriels de sa banlieue de Jersey City et embellit un parking, un chemin de fer abandonné, d'une grâce nouvelle en leur insufflant une beauté romantique à la manière de Frederic Church.

Si cette génération d'artistes a développé ses talents grâce à une technique empruntée au passé, leur savoir-faire est mis au service du monde contemporain dans lequel ils s'inscrivent.

Ce qui rend cette exposition révolutionnaire, c'est qu'ils ne s'attachent pas simplement à une vision tranquille et romantique du monde actuel, ni à une utopie construite sur une délicate observation du tout venant ou de l'intime, mais révèlent un monde post moderne qui associe douceur et tension.

Mikel Glass tout particulièrement, s'approprie les compositions de certains artistes, par exemple le portrait de Madame X de Sargent, et le détourne par un modèle androgyne à moitié travesti, ou dans la rigueur de compositions historiques organise d'hilarantes batailles de fruits et légumes en folie.

Randolph Melick, fait référence à Michel-Ange par le jeu de musculature et de draperie d'un homme vu de dos. Enfin, Olivier Legrand, Américain né en France, dont la renommée de peintre fresquiste n'est plus à faire, se penche aujourd'hui vers l'archéologie contemporaine et nous présente des fragments de trottoir en travaux.

Sans exprimer avec sensationnalisme ni provocation une certaine idée du monde de la violence contemporaine, ils revalorisent une vision intime et paisible de la peinture, de l'artiste et de son modèle, du savoir-faire, du classicisme et en juxtaposant le passé et le présent, créent une nouvelle école artistique.


Randolph Melick - Figure study
Charbon sur paper
33 x 25 cm
1997
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