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Feng Zeng-Jie (né en 1968) est un des artistes majeurs
de "l'Ecole kitsch". Venu de Cheng Du, il vit à Pékin avec un groupe
de peintres dans la banlieue de Huajdi. Son style très particulier se concentre
sur l'identité de la génération actuelle face à la tradition. Ses compositions
picturales confrontent les références classiques avec les changements inhérents
à la modernité.
La tradition du portrait est assez récente dans la peinture
chinoise qui privilégiait la noblesse du paysage à la trivialité de la personne
humaine. Dans les années 90, de nombreux artistes ont révélé leur intérêt
pour ce genre et certains y ont même introduit un érotisme puissant. L'artiste
le plus connu en occident est Zhang Xiaogang qui puise sa réflexion dans d'anciennes
photos de portraits pour explorer l'ambiguïté entre une image normalisée et
sa recherche personnelle. Feng Zheng-Jie lui, crée des images plus violentes,
plus provocatrices, encore plus subversives. Loin du calme serein des familles
monoparentales, son trouble se fixe sur des visages de femmes souvent en
gros plan ou nues. Il créé un type stylistique de gorgones hystériques, de
vampiresses contemporaines, les yeux révulsés, totalement menaçantes.
Il utilise dans une technique brillante, une palette de
couleurs acidulées, kitsch, presque fluorescentes, empruntées au pop art,
aux affiches de cinéma, à la culture populaire, aux objets vulgaires de grande
consommation, de poupées bon marché de fabrication industrielle qui renforcent
l'expressivité et l'impact visuel de ses modèles.
En caricaturant ainsi l'univers féminin, Feng Zheng-Jie
veut rompre avec la tradition idéalisée de l'idéal communiste machiste, et
revisiter même en les forçant les composantes de l'univers féminin. Il évoque
l'idée du psychisme refoulé de la Chine, de la répression sexuelle sous le
régime de Mao et réhabilite le droit au désir, à la convoitise, à la peur
de la femme, à l'érotisme trouble, à la vulgarité des pulsions et à l'ambiguïté
sexuelle. En réinventant une nouvelle femme, il exprime les profonds changements
qui affectent la société chinoise contemporaine. Les citadines chinoises s'affranchissent
progressivement des cadres de soumission et tentent de se libérer de leur
joug ancestral. Dans les grandes villes modernes transformées par la reconstruction,
elles ont maintenant accès à la mode, à la consommation, aux cosmétiques,
à une forme de libération sexuelle, encore très entravée cependant par les
codes sociaux et matrimoniaux. Les magazines circulent et les modèles de fashion-
victims de Hong Kong ou de Taiwan en font rêver plus d'une. C'est dans cette
transformation extérieure que le changement interne de la société s'effectue.
Pour renforcer son propos, Feng utilise les accessoires
de l'iconographie traditionnelle de la peinture chinoise : les éventails,
les grosses pivoines colorées, les tissus fleuris des paysans tranchent avec
des femelles dominatrices aux yeux pervers. L’architecture traditionnelle
des pagodes cohabite avec les constructions modernes des immeubles naissants
envahissant les villes. Pour Feng Zheng-Jie donc, cette femme est l'allégorie
de cette métamorphose qui gagne la Chine toute entière et des bouleversements
économiques, sociaux, individuels qui transforment la société mais expriment
dans une distorsion maniériste la violence qui l'accompagne.
Voir les oeuvres disponibles de Feng Zheng-Jie
Voir aussi à la Galerie Albert Benamou-Véronique Maxé Femmes de Chine.
Avec la collaboration de Xin-Dong Cheng à Pékin
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Portrait chinois n° 24
Feng Zheng-Jie
Huile sur toile
150 x 150cm
2003
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