4 juin - 5 juillet 2003 à la Galerie Albert Benamou

Feng Zeng-Jie (né en 1968) est un des artistes majeurs de "l'Ecole kitsch". Venu de Cheng Du, il vit à Pékin avec un groupe de peintres dans la banlieue de Huajdi. Son style très particulier se concentre sur l'identité de la génération actuelle face à la tradition. Ses compositions picturales confrontent les références classiques avec les changements inhérents à la modernité.

La tradition du portrait est assez récente dans la peinture chinoise qui privilégiait la noblesse du paysage à la trivialité de la personne humaine. Dans les années 90, de nombreux artistes ont révélé leur intérêt pour ce genre et certains y ont même introduit un érotisme puissant. L'artiste le plus connu en occident est Zhang Xiaogang qui puise sa réflexion dans d'anciennes photos de portraits pour explorer l'ambiguïté entre une image normalisée et sa recherche personnelle. Feng Zheng-Jie lui, crée des images plus violentes, plus provocatrices, encore plus subversives. Loin du calme serein des familles monoparentales, son trouble se fixe sur des visages de femmes  souvent en gros plan ou nues. Il créé un type stylistique de gorgones hystériques, de vampiresses contemporaines, les yeux révulsés, totalement menaçantes.

Il utilise dans une technique brillante, une palette de couleurs acidulées, kitsch,  presque fluorescentes, empruntées au pop art, aux affiches de cinéma, à la culture populaire, aux objets vulgaires de grande consommation, de poupées bon marché de fabrication industrielle qui renforcent l'expressivité et l'impact visuel de ses modèles.

En caricaturant ainsi l'univers féminin, Feng Zheng-Jie veut rompre avec la tradition idéalisée de l'idéal communiste machiste, et revisiter même en les forçant les composantes de l'univers féminin. Il évoque l'idée du psychisme refoulé de la Chine, de la répression sexuelle sous le régime de Mao et réhabilite le droit au désir, à la convoitise, à la peur de la femme, à l'érotisme trouble, à la vulgarité des pulsions et à l'ambiguïté sexuelle. En réinventant une nouvelle femme, il exprime les profonds changements qui affectent la société chinoise contemporaine. Les citadines chinoises s'affranchissent progressivement des cadres de soumission et tentent de se libérer de leur joug ancestral. Dans les grandes villes modernes transformées par la reconstruction, elles ont maintenant accès à la mode, à la consommation, aux cosmétiques, à une forme de libération sexuelle, encore très entravée cependant par les codes sociaux et matrimoniaux. Les magazines circulent et les modèles de fashion- victims de Hong Kong ou de Taiwan en font rêver plus d'une. C'est dans cette transformation extérieure que le changement interne de la société s'effectue.

Pour renforcer son propos, Feng utilise les accessoires de l'iconographie traditionnelle de la peinture chinoise : les éventails, les grosses pivoines colorées, les tissus fleuris des paysans tranchent avec des femelles dominatrices aux yeux pervers. L’architecture traditionnelle des pagodes cohabite avec les constructions modernes des immeubles naissants envahissant les villes. Pour Feng Zheng-Jie donc, cette femme est l'allégorie de cette métamorphose qui gagne la Chine toute entière et des bouleversements économiques, sociaux, individuels qui transforment la société mais expriment dans une distorsion maniériste la violence qui l'accompagne.

Voir les oeuvres disponibles de Feng Zheng-Jie

Voir aussi à la Galerie Albert Benamou-Véronique Maxé Femmes de Chine.

Avec la collaboration de Xin-Dong Cheng à Pékin

Portrait chinois n° 24
Feng Zheng-Jie
Huile sur toile
150 x 150cm
2003