En mars 2001, la Galerie Albert BENAMOU présentait pour la première fois à Paris, une exposition de jeunes artistes américains : « New York Realists Now ».
Ce groupe de peintres avaient en commun une technique éblouissante et se positionnaient comme les garants contemporains de la grande tradition de la peinture classique et académique ayant tous suivi un apprentissage digne de l’école des Beaux-Arts au XIXème siècle à la New York Academy of Art.
Le 24 mars 2004, la galerie présentera les tableaux de William KENNON (né en 1957) qui exprime sa sensibilité et son talent dans une peinture figurative et la représentation de paysages urbains.
Le travail de KENNON s’inscrit dans la tradition des paysagistes nord-américains qui débute en 1820 avec « la Hudson River School » avec des artistes comme Kensett, Bierstadt ou Church, eux-mêmes inspirés du romantisme des classiques italiens. William KENNON se débarrasse de l’emphase romantique du siècle dernier, de la vibration impressionniste, et cherche dans la poésie des lieux ordinaires, des vues de son atelier, une vision luministe de l’univers. Ses thèmes de prédilection sont des vues d’églises dans le froid glacé de l’aube sur fond de ciels dorés, les paysages urbains de Jersey City, de Mill Creek, embellis par les scintillements neigeux ou les mystères enveloppants de la nuit. Son observation minutieuse (il utilise des photographies des lieux qu’il a choisis) se combine à une poésie toute particulière et à un sentiment mélancolique qui habite ses peintures.
Nul visiteur et nulle présence ne viennent troubler ses architectures et la présence humaine est exclue de son univers pictural. Son rapport avec les paysages et son environnement est intime et silencieux, quelquefois presque religieux ou métaphysique et n’est ni altéré ni dérangé par les autres, sans bruit ni fureur. Sa contemplation quasi Friedrichienne, due sans doute à ses origines allemandes, le fige dans une poésie et une émotion froide et spectrale, atténuée par un sens glorieux de la lumière qu’il produit avec brio. Immobilité, sérénité, opacité sont les draps dans lesquels la ville dort, et si quelques lumières ponctuent les parkings et les immeubles, le monde se tait et vit secrètement en silence.
Le temps est arrêté, la modernité en reste, et ne se revèle que par les restes de chantiers, les parkings vides, les grues dans les ports, temples modernes de la solitude et de l’abandon.
KENNON transcende son environnement immédiat et communique par ce dialogue muet, une vision paisible, un peu triste, où les fantômes prennent le visage de citernes ou de poteaux électriques sur de grands ciels clairs et froids, typiques de la lumière de New York. Il installe ses figures dans des perspectives idéales qui donnent à ces architectures des allures héroïques. Partant d’images photographiques prises sur le vif, il recompose dans l’atelier de manière artificielle ses éléments de prédilection et ses paysages.
Si son travail artistique s’éloigne des préoccupations conceptuelles et formalistes des artistes d’avant-garde new yorkais, KENNON ignore les modes, et dans l’application minutieuse de son activité de peintre, pose en observateur virtuose la vraie question de la solitude, de la place de l’homme dans la nature, du silence. Sur la citerne d’essence Mobil, ce peintre d’un autre monde, dans une déréliction païenne, reproduit cette phrase énigmatique : « How can we help you » ?
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